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Boris et l’ombilic

par Georges Soleilhet

Il a une dizaine d’années ; il est étranger à tout : il passe son temps à trouver des ficelles dans les groupes ou la cour et les tenir serrées dans ses mains … ou, s’il n’en a pas, à se blottir sous une couverture sur le canapé ; il dit deux ou trois mots pour ses besoins – ainsi pour signaler qu’il veut manger, il dit « bleu », souvenir d’une rééducation comportementale utilisant les pictogrammes, dont celui représentant un plat « le cordon bleu » pour signaler qu’il a faim ( cordon ! dont on reparlera !) … il fait preuve d’une science consommée pour subtiliser la clé qui ferme la porte du couloir, il se fait absent quelques secondes dans la pensée de l’éducatrice, il arrive à ne pas faire de bruit en tournant la clé dans la serrure, et le voilà parti à la chasse des ficelles !

Je l’ai rencontré pour me présenter ; il était immobile sous la couverture, allongé sur le canapé de la deuxième pièce. Je me présente, je me nomme et je lui dis que je sais que lui s’appelle Boris. Je vois alors que le dessus de sa main bouge et j’entends cela comme un salut m’invitant à lui serrer la main. Aussi je lui tends la main par-dessous la couverture sans relever celle-ci (bien sûr !), il s’en saisit et me fait comprendre de lui faire des chatouilles… J’en esquisse une à peine pour lui signifier que je l’ai compris - et le voilà qui rit comme un petit !

Une éducatrice est toute sensible à cet enfant, elle « l’a dans la peau » ! … elle demande mon aide pour que cet intérêt pour lui serve plutôt l’intérêt de Boris et me demande alors d’attendre Boris qui va arriver de sa fin de semaine en famille dans un quart d’heure : voilà un temps de formation ensemble et décisif qui se prépare ! Et toute l’équipe après la réunion terminée décide de l’attendre …

Il arrive, me reconnaît ( ?), vient aussitôt vers moi … mais pour se saisir en fait de l’élastique qui ferme mon dossier …

Je m’écrie « Laisse-le, c’est à moi ! … mais si tu veux on peut parler du tien ! (puis)… où est passé ton cordon à toi ? »

-  Il me regarde, il s’interroge, regarde les éducatrices en s’interrogeant encore ; elles, elles sont franchement dubitatives ; et finalement sur un dernier regard pour s’assurer de mon appui …

… il se tourne vers elles, cette fois avec gravité : relève son tricot, tire sa chemise hors du pantalon, le retient d’une main sur la poitrine avec le tricot, et désignant son nombril de l’index de sa main libre il tourne son regard vers moi qui l’ai questionné :

… « coupé ... maman ! ».

… cri d’une éducatrice ! « il a parlé ! »

- « non ! il n’a pas parlé, comme vous le dites … il nous a dit son drame… hors de sa couverture, de son tricot, de sa chemise, à sa peau même, la sienne . » (georges.soleihet@orange.fr)


10 novembre 2016
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